The Founder : les arches de l'abondance !

Free-lanceuses et free-lanceurs du monde entier ; The Founder est fait pour vous !

Le film raconte l'étonnante ascension de Ray Kroc, un VRP quinquagénaire qui après des années d'échec deviendra le fondateur d'un empire du fast-food : Mc Donald ! À travers le parcours de cet homme (joué par l'excellent Michael Keaton), c'est toute la mutation économique de l'Amérique des années cinquante (du New Deal vers le néolibéralisme) qui nous est décrite. Mais surtout, ce film de John Lee Hancock est une grande leçon d'entrepreneuriat et de persévérance. 

The Founder : les arches de l'abondance !
The Founder : les arches de l'abondance !

Ray Kroc est un représentant dans l'Illinois de 52 ans lorsque le film débute. Malgré un parcours de parfait looser, il reste convaincu de sa réussite future. Bien que son épouse de l'époque, Ethel Fleming (incarnée par Laura Dern) ne semble pas de cet avis, Ray Kroc va atteindre ses objectifs en croisant la route des frères Mc Donald's. 

 

Bien avant de rencontrer Kroc, Mac & Dick Mc Donald ont créé le premier service de restauration rapide en Californie, centré sur les frites et les hamburgers. Révolutionnaire dans sa forme, leur système impose également de nouvelles valeurs : exit les distributeurs de cigarettes qui attirent la racaille, exit aussi les couvert et les assiettes. Mc Donald est à l'origine une modeste gargotte dans le désert créée par deux passionnés ; elle sera dérobée par un fanatique qui la développera au niveau national. 

The Founder : les arches de l'abondance !
The Founder : les arches de l'abondance !  The Founder : les arches de l'abondance !

On ne s'attardera pas sur le formalisme de l'oeuvre : un scénario bien ficelé de D.Siegel (The Wrestler), une musique nostalgique signée Carter Burwell (Carol) et des décors tout en sobriété, quoique rappelant parfois le carton-pâte de sitcoms telles que Friends. La contexture du film est donc à l'image de son sujet : efficace mais expéditive. On regrette même que tout cela ne dure que deux heures tant il y aurait encore à nous apprendre sur les rouages du capitalisme. Tout en nous montrant que ces rouages sont aptes à nous broyer, l'histoire du fondateur de Mc Donald donne également de nombreuses clefs pour mieux maitriser un environnement parfois hostile !   

 

L'intérêt du film réside surtout dans cette dialectique de la conviction qu'il met en place, savamment portée par un Michael Keaton si opiniâtre que ça en devient inquiétant. Plein d'une foi inébranlable, animé par une haute vision, l'énergique fondateur ira jusqu'à voler leur nom aux deux frères. Rien d'étonnant donc à ce qu'il se sépare de sa première épouse pour se marier avec la femme du manager d'un de ses premiers restaurants franchisés. 

The Founder : les arches de l'abondance !

Sous son aspect léger et lumineux, The Founder est porteur d'une sorte de cruauté pédagogique. On croise des restaurateurs, des VRP, des managers, des investisseurs et des banquiers qui se tiennent tous par la barbichette. Ici encore, un seul mot d'ordre : convaincre et s'approprier. On apprend donc aussi à pitcher ; la scène mémorable au Ray Kroc convainc les deux frères de franchiser est exemplaire : "si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour l'Amérique" !

 

D'abord frileux à l'idée de s'accroitre (ce pour des raisons de contrôle et de qualité), le duo Mc Donald est séduit par la démonstration brillante de Kroc. Dans chaque ville qu'il a parcouru, il a toujours vu deux choses : une église et un tribunal, soit une croix et un drapeau. Jouant sur la représentation trinitaire, il les persuade que les arches de Mc Donald pourraient être - dans chaque ville - le parfait complément à ce deux symboles. Dès lors Mc Donald n'est plus une simple affaire de frite et de hamburgers : on parle de famille, de communauté, voire de communion.  

 

The Founder : les arches de l'abondance !

Ok pour la persuasion ! Mais quand est-il de l'appropriation? La faculté de Kroc à gommer les frontières identitaires qui le séparent de son monde extérieur et se sentir à l'aise à peu près partout est frappante. Dès sa première rencontre avec les deux frères, il est déjà l'un d'entre eux ; un don qu'il utilisera plus tard dans sa recherche de financement, allant les débusquer dans les lieux les plus insoupçonnés. 

 

Mais la scène la plus intéressante est sans doute son échange avec le businessman Harry J. Sonneborn (qui deviendra le premier CEO de Mc Donald). À l'origine, Kroc est limité par un contrat peu avantageux l'obligeant à faire valider chaque décision par sa hiérarchie (elle-même beaucoup moins motivée que lui!) ; chaque franchisé de Kroc sélectionne alors un terrain, signe un bail sur 20 ans et fait construire.  

 

Harry J. Sonneborn fait comprendre à Kroc qu'il n'est pas dans le hamburger comme ce dernier le pensait ; il est en réalité dans l'immobilier ! Dès lors, le fondateur achète en priorité les terrains qu'il loue à ses franchisés, ce qui lui donne désormais l'accès aux banques. 

 

Nouvelle configuration donc : les frères Mc Donald's ont toujours le contrôle sur ce qui se passe dans l'enceinte des restaurants, mais leur autorité s'arrête au sol et au seuil. Tout ce qui se trouve en dessous ou autour des Mc Donald appartient désormais à Kroc. Miam !  

The Founder : les arches de l'abondance !

Pour comprendre comment Dick & Mac ont perdu jusqu'à leur nom (anecdote qui elle aussi vaut le détour!) autant regarder sans plus attendre cet excellent film. Si Ray Kroc n'est pas une personne exemplaire (doux euphémisme!) son parcours reste digne d'intérêt. Le fondateur de Mc Donald n'avait aucun génie, très peu de talent... mais il disposait d'une persévérance à toute épreuve.     

 

Et que l'on soit cinéphile au pas, gourmet ou amateur de junk food, The Founder donne la niaque, aucun doute là-dessus ! 

 

Infos :

The Founder (Le Fondateur), de John Lee Hancock 

Date de sortie : 28 décembre 2016 

Casting : Michael Keaton, Nick Offerman, John Caroll Lynch

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