[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

La Grande Muraille est sans doute l'oeuvre la plus aboutie de Zhang Yimou. Mais cette production sino-américaine haute en couleurs, sous son esthétique chiadée et son souffle épique, n'est pas exempte de quelques grossièretés.  

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

Première critique du blog avec cette fresque épique d'un autre genre : Game of Thrones en Chine ! Un Mur, des marcheurs verts... et Oberyn (Pedro Pascal) qui s'est laissé pousser les tifs !     

Déjà avec La Cité interdite, le réalisateur avait fait montre de sa capacité à évoluer sur un double registre, mêlant grandiose et raffinement, honneurs princiers et intrigues de cour. Dans Épouses et Concubines, les décors ouverts tentaient de brèves percées au sein d'une lourde ambiance de huit-clos. 

 

Avec La Grande Muraille, Zhang Yimou renoue avec l'héroïsme médiéval chinois mais en y ajoutant une touche de Fantasy très américaine. William Garin (Matt Damon) et Tovar (Pedro Pascal) campent deux prédateurs nomades venus dérober aux Chinois le secret de la poudre explosive. Les deux protagonistes tomberont finalement sur plus gloutons qu'eux ! 

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

S'ensuit un véritable ballet explosif : tambours, voltiges, branle-bas de combat, chants traditionnels, et bien sûr monstres répugnants ! On sent un réalisateur profondément pétri de culture chinoise mais également forcé de composer avec la ritournelle hollywoodienne.

 

Le scénario d'Edward Zwick (qui nous avait déjà conté les aventures d'un samouraï-tueur d'indiens - cherchez l'erreur !) y est pour sans doute pour quelque chose. Tony Gilroy - le scénariste de Jason Bourne - étant également de la partie, le film ne pouvait que déboucher sur une mosaïque interculturelle, à la fois édifiante et prompte à rendre compte de problématiques très actuelles.  

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

Car en plus d'afficher ouvertement des enjeux multi-culturalistes, le film situe le combat pour la domination du monde en Asie. Ici pourtant, la lutte n'est pas économique comme elle l'est aujourd'hui : [SPOILER] Une mystérieuse race de reptiles extraterrestres a débarqué sur terre à bord d'un gigantesque météore ! Son unique but : Se nourrir !

 

Le design des monstres est intéressant : mi-grands lézards, mi-grands-félins... avec une tête presque humaine si l'on y regarde bien. Le frisson est bien là lorsque ces créatures déferlent sur la grande muraille ! Telles les raptors de Jurassic Park, elles communiquent entre elles , élaborent des stratégies et se révèlent aussi vicieuses que les hommes.

 

On regrette toutefois la simplicité de certains effets : William Garin et Tovar qui pataugent sans cesse tandis qu'en face c'est littéralement Le Secret des chinois volant ! Des guerriers agaçants d'agilités qui étrangement peinent avec les lézard tandis que Garin (toujours aussi pataud qu'à la première ligne du paragraphe) en chope un du premier coup ! Ou encore le fait que les généraux passent leur temps à parler entre eux - avec un air mystérieux - des mystérieux secrets de leur mystérieuse Muraille. 

 

Enfin, que dire du plan général glissé lors de l'ultime bataille du film, lorsque les créatures tournent autour de leur reine à un rythme effréné pour la nourrir ? Je sais pas vous mais moi j'ai vu les fidèles autour de la Kaaba

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

On retrouve le soin apporté aux matières et la gestuelle un peu apprêtée qui ont fait la griffe si particulière de Zhang Yimou  ; des armures rutilantes des soldats à leurs déplacements géométriques et harmonieux (quoiqu'un peu guindés parfois).  

Seul bémol : les armures sont si théâtrales qu'on ne les imagine que difficilement fonctionnelles. Si bien qu'on a parfois l'impression d'être conditionné pour grand le retour des Power Rangers.  

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

Sorte de John Smith - venu d'abord piller pour ensuite se transformer en héros rédempteur - Matt Damon crève l'écran et éclipse du même coup les prestations de Pedro Pascal (le faire-valoir du film) et de Willem Dafoe (le repoussoir du film).   

Andy Lau, qu'on avait déjà apprécié dans le Secret des Poignards Volants, campe ici un scientifique dont l'attitude est intéressante :  il est le seul a tenter de "chevaucher" ces monstrueuses créatures quand tous essaient de les fuir ou des les exterminer. 

 

La réflexion sur le nomadisme et la sédentarité est également abordée dans le film ; la prédation des personnages occidentaux ( et la palme revient à Willem Dafoe!) fait directement écho à la voracité des créatures qu'ils ont à combattre. On voit que ces êtres en mouvement permanent ne peuvent pas produire de richesse et sont condamnés à se dévorer entre eux.   

À l'inverse, les défenseurs autochtones de la grande muraille, aussi enracinés que disciplinés, sont mus par des sentiments plus nobles. À ce titre, le commandant Lin Mae (JingTian) apparait comme la véritable héroïne du film.  

[SCREEN] Le Secret des Chinois volants

Surgissent bien évidemment les problématiques de la sécularisation et de la destinée manifeste (c'est Hollywood mec !) : une masse informe et verdâtre venue du fond du ciel, un temps propice à l'émergence des héros, un gros clash entre le bien et le mal (même si les créatures sont plus une Némésis que le mal)... et finalement la chute des bêtes mythologiques pour qu'émerge le temps des hommes. 

 

Mais La Grande Muraille va bien au-delà du simple film d'Heroic Fantasy. L'oeuvre semble porteuse d'une véritable injonction : l'impérialisme occidental est invité à être moins vorace et à se tourner pacifiquement (voire diplomatiquement) vers l'Asie.   

 

C'est que Yimou, à travers ses films, se fait parfois le chantre d'un certain mondialisme ; subtil mais bien là ! Déjà dans Hero, l'oeuvre finissait sur une note policée en nous révélant l'accomplissement parfait du maître d'arme ('n'avoir d'épée ni dans la main ni dans le coeur') mais glorifiait en même temps le rêve ambigu de l'empereur Qin : unifier un pays (quand même par l'épée !) en supprimant les identités régionales qui le constituent.

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